Quelques articles Presse/Web sur Le film/Le livre
(mars 2008)
Le petit journal.com 25mars
Philippe Claudel est avant tout un romancier reconnu. Dans son premier film, Il y a longtemps que je t’aime, il livre le portrait de deux soeurs qui se cherchent, superbement écrit et magnifié en image. Poignant
Kristin Scott Thomas/Juliette et Elsa Zylberstein/Léa, des regards qui en disent long (photo © UGC)
Philippe Claudel aurait pu se cantonner à son domaine de prédilection, l’écriture, qui lui a valu la reconnaissance critique et publique. Auteur entre autres de Les âmes grises, prix Renaudot 2003 et adapté au cinéma, La petite fille de Monsieur Linh (2005) et Le rapport de Brodeck (2007), il s’essaye à présent au cinéma, en écrivant et réalisant son propre long métrage, Il y a longtemps que je t’aime.
Tiré de la fameuse comptine, le titre reflète bien la tonalité du film, mêlée d’une douce mélancolie et d’un amer espoir. À la claire fontaine fait surtout écho au nom des deux sœurs héroïnes -Fontaine.
Juliette et Léa s’amusaient, gamines, de leur patronyme en reprenant la chansonnette au piano. Mais ce temps-là est bien loin. Aujourd’hui, Juliette est libre, après 15 ans de prison. Elle est accueillie par sa cadette, contrainte de l'oublier par l’intermédiaire de parents désespérés. C’est là en partie le sujet du film, la difficulté de se réinsérer en filigrane avec le portrait poignant de deux femmes qui s’aiment, mais ne pouvaient pas se le dire.
Toujours les mots…
Kristin Scott Thomas et Elsa Zylberstein incarnent brillamment ces deux sœurs, que tout oppose depuis le drame, et qui pourtant ont tant à partager. Telles deux ombres l’une pour l’autre, ainsi que pour ceux qu’elles côtoient, elles agissent comme deux créatures apeurées par une sœur qu’elles ne connaissent pas -ou plus. Mais on sent l’attirance poindre au fil des regards échangés, des gestes esquissés…
L’alchimie à l’écran entre les deux actrices est d’ailleurs troublante de vérité ; Kristin Scott Thomas émouvante en femme endurcie qui se laisse attendrir, Elsa Zylberstein touchante à travers ses yeux emplis d’amour pour son aînée.
Conscient de son "amateurisme" côté réalisation et donc humble, Philippe Claudel ne s’est pas lancé dans un film grandiloquent, égrenant des effets de caméras qui auraient été de toute façon inconvenants. Non, il opte pour ce qu’il sait faire le mieux : les mots. Filmées avec simplicité, au plus près des personnages, les retrouvailles de Juliette et Léa résonnent d’une profonde humanité grâce à la belle écriture de Claudel.
Des thèmes forts et d’actualité sont également abordés, que chacun est libre de juger, dans ce film plus que jamais d’auteur.
Nicolas MANGIN
Article de Ouest-France
Philippe Claudel passe de l'écrit à l'écran
Philippe Claudel sur le tournage du film, Il y a longtemps que je t'aime, avec Elsa Zylberstein et Kristin Scott Thomas. : DR
Romancier adulé, traduit en trente langues, l'auteur des Ames grises se lance dans le cinéma avec Il y a longtemps que je t'aime, à l'affiche demain. Le cinéma, une de ses multiples passions.« Ça n'aurait pas pu être un roman. » Voilà qui est clair. Aussi loin qu'il remonte dans les souvenirs des premiers balbutiements de Il y a longtemps que je t'aime, Philippe Claudel revoit des images. Il ne lit pas de mots.Le romancier comblé des Âmes grises, prix Renaudot 2003, porté à l'écran par son ami Yves Angelo, tente, à 46 ans, une aventure de cinéaste. Heureux : « J'étais comme dans un magasin de jouets. Très heureux d'avoir un gros camion qui fait pin-pon et qui s'appelle la littérature. Mais, soudain, je suis dans un rayon de Noël, avec les acteurs, la caméra, le décor, la lumière et plein d'autres jouets. » Tellement à son bonheur qu'il ne s'interroge même pas sur l'accueil du public : « Je ne suis pas stressé de nature. J'ai fait le film que je rêvais de réaliser. Après, je ne peux pas forcer les gens... »« J'ai voulu aller vers ceux qui ont été moins gâtés... »Ses lecteurs ne seront pas dépaysés en feuilletant les images de retrouvailles de deux soeurs, Kristin Scott-Thomas et Elsa Zylberstein, qu'un drame a rendues étrangères au fil de quinze ans de séparation. On y retrouve les thèmes de prédilection de l'écrivain. La prison : il y a donné des cours de français pendant plus d'une décennie. L'enseignement : il a toujours un demi-poste à la fac de Nancy. Les enfants hospitalisés ou handicapés, auxquels il rend visite régulièrement. C'est pour lui une façon de « redistribuer » un peu de la chance qui est la sienne. Il en nourrit « une forme de culpabilité » tant il se sent comblé : « J'ai voulu aller là où on ne va pas trop spontanément. Vers ceux qui ont été moins gâtés par la vie alors que j'ai toujours eu ce privilège de faire ce qui me plaît. »« Avoir une vie normale me manque »Dans sa littérature comme dans son cinéma, il est aussi question de la mort. Un héritage de son enfance peut-être : « J'ai grandi près du cimetière, à Dombasle. » Une question d'équilibre aussi pour une personnalité à multiples facettes : « Dans la vie, je suis plutôt un déconneur. J'aime bien les gens, je suis de bonne compagnie. » Dans ses ouvrages s'affiche un autre tempérament : « J'aborde des questions douloureuses, dans des univers tragiques, avec une écriture plutôt littéraire. Tout pour ne pas marcher. Et pourtant... » Ça fonctionne parce qu'il y met toute sa sincérité, qu'il traduit dans l'émotion : « Beaucoup de cinéastes et de romanciers ont peur avec ça. Comme si c'était déchoir. Moi, au contraire, c'est ce qui m'intéresse. Parce que c'est nous, c'est l'humain. »La même diversité d'approche marque tous les plaisirs qu'il goûte dans l'existence. La musique et la guitare, « mais je suis un manche ». La peinture : « Je ne fais que des croûtes, je ne me sens pas doué, mais c'est essentiel pour moi. »Au cinéma, il vient de voir à la suite Juno, Bienvenue chez les Ch'tis et La Notte d'Antonioni, héritage de cet éclectisme cultivé par ses parents quand il allait voir La grande vadrouille aussi bien que des classiques en noir et blanc. Il voudrait avoir le temps de relire Voyage au bout de la nuit, de Céline, « un roman où il y a tout ». Il attend aussi de replonger dans la trilogie de la montagne de Frison-Roche, « une belle matière littéraire » et un romancier qui, à ses yeux, n'est pas à sa juste place. Ça touche une corde sensible chez lui : « J'ai longtemps rêvé d'être guide de haute montagne. » L'alpinisme lui manque et il souffre aussi de ne pas vivre suffisamment de temps dans sa Lorraine natale. Pour y cultiver des bonheurs simples, auprès de sa femme et de sa fille : « Une partie de pêche à la ligne. Aller aux champignons. Applaudir un match de foot de l'AS Nancy-Lorraine. Avoir une vie normale me manque. »Pierre FORNEROD.À lire : Petite fabrique des rêves et des réalités, de Philippe Claudel. Un livre sur le tournage du film. Il peut aussi se lire comme une autobiographie de son auteur. Éditions Stock, 286 pages, 18,50 €. Philippe Claudel est aussi l'auteur du Rapport de Brodeck (Seuil, 414 pages, 21,50 €), prix Goncourt des lycéens en 2007.
Article de Lacroix.com
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8/03/2008 20:30
"Il y a longtemps que je t'aime" : Philippe Claudel et les mystères de Juliette
Avec "Il y a longtemps que je t'aime", le romancier signe un premier film bouleversant, sur le pardon et la réconciliation entre deux soeurs, Prix oecuménique du jury au Festival de Berlin
Il y a longtemps que je t'aime de Philippe Claudel
Film français
Dans la salle désertée d'un aéroport, une femme seule attend. Le temps semble l'envelopper. Âme sombre recouverte de grisaille, perdue dans ses pensées. Les bruits alentour ne l'atteignent pas. Sa sœur, enfin, arrive, essoufflée, confuse de son retard. Silences, regards, échanges maladroits. Le spectateur devine qu'un lourd secret sépare ces deux femmes : l'une comme enfermée en elle-même ; l'autre, vive et pétillante, à la gentillesse appuyée, mais empêtrée dans sa gêne.
Juliette vient de purger quinze ans de prison pour un crime dont on ne découvrira que progressivement la gravité et le poids. Sa famille s'est éloignée et Léa, sa sœur, encore adolescente au moment des faits, a perdu le lien avec leur enfance partagée. Elle n'est réapparue que récemment lorsque les services sociaux ont repris contact avec elle pour trouver un point de chute à la détenue, privée de repères affectifs.
Juliette semble flotter dans la nouvelle vie qu'on lui propose pour amortir le retour au réel. Mais l'aura de silence suscite les questions. Ceux qui savent marchent sur des œufs et Léa, prof de littérature à l'université, dresse une sorte de cordon protecteur pour la préserver de la curiosité mal placée. Aux questions hésitantes de ceux qui voudraient percer le mur du secret, ou innocentes comme celles des fillettes de Léa, Juliette oppose un mutisme souriant, s'en tire par des réponses évasives, se raidit parfois, se tient sur cette ligne ténue qui ne tiendra pas longtemps.
Juliette reprend pied dans la maison de Léa qui vit avec Luc, leurs deux filles adoptives et son beau-père, privé de parole. Elle investit peu à peu les pièces. Étend son périmètre, s'aventure à l'extérieur et se frotte à la vie sociale : cet ancien médecin découvre les amis de sa sœur, pointe au commissariat, repousse la sollicitude d'une psychologue chargée de l'aider à se réinsérer, cherche du travail.

"La pire des prisons, c'est la mort de son enfant"

Les non-dits et les tabous qui entourent le drame caché de Juliette ont bouleversé la vie de sa famille et de ses proches. Verrouillée dans son passé dont elle assume crânement le prix, elle découvre aussi que sa sœur a souffert des conséquences de son acte. Sa longue peine (remarque-t-on assez que le même mot désigne la sanction et la souffrance ?) montre que son geste n'a été ni compris, ni accepté par la société.
Mais ce que sait Juliette et que dévoile admirablement Philippe Claudel, c'est que «la pire des prisons, c'est la mort de son enfant. Celle-là, on n'en sort jamais.» Il n'y a pas pire, ni plus durable, ni plus vivace douleur que ce souvenir-là.
Peu à peu, grâce aux autres, à leurs brusqueries, leurs maladresses, leurs attentions aussi, Juliette revient au monde, retrouve les bruits, les odeurs, les échanges, les sentiments. Léa l'entoure, ses filles la distraient, le beau-père, enfermé dans son mutisme, partage une complicité ouatée, et Juliette découvre des êtres attachants.
Comme le commissaire Fauré, divorcé, qui ne voit plus sa fille, et se confie par bribes, personnage touchant joué avec subtilité par l'excellent Frédéric Pierrot. Et Michel (superbe Laurent Grévill), un collègue de Léa, homme troublant et attentif qui sait observer, dont les demi-mots trahissent un secret préservé et dont les confidences perlées résonnent comme des déclarations cristallines.
Tourné à Nancy et dans sa région, premier film écrit et réalisé par le romancier Philippe Claudel,
Il y a longtemps que je t'aime restera dans le cœur des spectateurs. Une grâce baigne cette histoire racontée par un écrivain qui, depuis toujours, crée des images par les mots et a beaucoup peint. Traduit dans une trentaine de pays, l'auteur des
Âmes grises ,
La Petite Fille de Monsieur Linh ,
Le Rapport de Brodeck , montre aussi, avec tendresse, combien les livres transforment nos vies, les habitent.

Un film magnifique, d'une infinie délicatesse

Ce narrateur subtil mêle plusieurs lignes mélodiques, entrelace, avec limpidité et sensibilité, les destins. Dans ses décors et ses teintes, ses silences et ses retenues, ses pauses et ses accélérations, ce film magnifique, d'une infinie délicatesse, épouse la renaissance progressive du personnage de Juliette, son retour à la vie, entraînée par le mouvement de ceux qui l'entourent.
Il passe aussi par des mises au point violentes, des explosions pour rompre le carcan étouffant, sans jamais nier le passé, affronter le vrai regard des autres et l'écho assourdi de leurs propres souffrances.
Philippe Claudel, qui a longtemps enseigné en milieu carcéral et témoigné de son expérience dans
Le Bruit des trousseaux , filme les effets persistants d'une longue peine sur l'âme et le corps. Il se situe au centre de la douleur, dans cet exil intérieur. Il explore, sans forcer le trait, la puissance des attachements, le miracle des rencontres qui arrache les vies brisées à l'attraction fatale de leur propre chute.
Film de femmes (inoubliables et lumineuses interprétations de Kristin Scott-Thomas et Elsa Zylberstein), cette histoire s'achève sur une sublime note d'espoir, un ultime appel à la vie, l'affirmation d'une présence retrouvée, qui laisse le spectateur bouleversé. Alors que s'élève, dans l'obscurité du générique de fin, la chanson déchirante de Barbara,
Dis, quand reviendras-tu ?
Jean-Claude RASPIENGEAS
Article du Figaro
Elsa Zylberstein, un ange à plume
Par Laurence Haloche17/03/2008
.La comédienne partage avec Kristin Scott Thomas l'affiche du premier film de Philippe Claudel. Rencontre.En la voyant arriver au bar du Bristol, on pense à La Dame brune... Cette chanson peu connue de Barbara où un poète compose quelques couplets pour une longue fille aux cheveux couleur de jai. Rares sont les femmes qui peuvent se vanter d'avoir inspiré des mots d'auteur. Elsa Zylberstein est de ces muses qui savent animer l'imagination des écrivains. Pour elle, Philippe Claudel a pris la plume *. Il la connaissait dans la vie. Pour mieux la découvrir professionnellement, il lui a offert ce dont rêvent toutes les actrices : un rôle sur mesure - dans son premier long-métrage Il y a longtemps que je t'aime, en salles mercredi prochain.« J'avais très envie de jouer dans un film qui mettrait en présence deux générations de femmes, un peu comme Bette Davis et Joan Crawford dans Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?, explique l'actrice. Philippe le savait, il est parti de cette idée pour imaginer l'histoire de deux soeurs qui se retrouvent, quinze ans après avoir été séparées par un drame. » En quelques mois, Léa est née pour Elsa. Une preuve d'amitié et de confiance de la part du réalisateur, mais pas seulement... En lisant le synopsis, d'une seule traite, la comédienne a vite compris que le cadeau de Philippe Claudel avait la beauté et la fragilité des promesses qu'il faut savoir tenir. Son personnage est loin d'être un double flatteur avec lequel il est facile de copiner. Victime dans son enfance d'un terrible secret familial, Léa est une jeune femme complexe. Passive, soumise à la décision du clan, écrasée par la culpabilité, elle s'est construite dans le silence et s'aperçoit qu'au retour de sa soeur aînée tout est à recommencer. Impossible d'interpréter ce type de rôle en dilettante. Certaines interprétations exigent de flirter avec l'introspection au risque de s'en trouver toute chamboulée. « Moi qui ne suis pas une pleureuse, je n'ai pas pu retenir mes larmes en voyant le film la première fois, avoue la comédienne. Comme pour Van Gogh, je suis restée sans voix pendant au moins une heure. Dans ces deux oeuvres, il est question de secrets, de non-dits, de toutes ces choses intimes qu'on tient plus ou moins volontairement à explorer. Souvent sur le tournage d'Il y a longtemps que je t'aime, je me suis sentie fragilisée. Il y a avait une sorte de tension née de l'exigence que nous avions, Kristin Scott Thomas et moi, à toujours être sur le fil, dans la justesse de chaque intention. »Une performance qui n'est pas sans rappeler la complicité d'Elsa Zylberstein et de Romane Bohringer dans Mina Tannenbaum de Martine Dugowson. C'était en 1994. La comédienne décrochait alors le prix Romy-Schneider, puis une nomination aux Césars à l'âge de 25 ans. Suivirent une trentaine de films avec James Ivory, Philippe Lioret, Roger Planchon, Yves Boisset, Antoine de Caunes, Raoul Ruiz, Chantal Akerman, Laetitia Masson... Il ne faut pas se fier aux allures sages d'Elsa. Le temps est désormais révolu où l'adolescente vivait « sous cloche dans un cocon familial presque trop protecteur ». Cours de théâtre à 18 ans. Cinéma. Emancipation accélérée. La jeune fille secrète est devenue une comédienne audacieuse qui s'implique sans réserve quitte « à y laisser quelques plumes ». Comment oublier les crises de tétanie après certaines scènes exigeantes ? Et ces plaques rouges qui apparaissent encore parfois sur son décolleté lorsque l'émotion est trop forte. « Je n'exagère pas en disant que, pendant plusieurs mois, j'ai porté Léa du matin au soir. Quand je quittais le plateau, il m'arrivait de rester enfermée dans ma chambre, avec elle. Il faut dire que Philippe fait exister ses personnages dans les moindres détails : des chaussures plates, un sac Upla, une jupe Monoprix, des cheveux plus courts, pas une trace de maquillage... Une absence totale de séduction qui permet d'accéder à un autre niveau de jeu, à une autre vérité. »On pourrait parler des heures avec Elsa Zylberstein, de sa passion pour la danse classique, pour la littérature, de son admiration pour Philippe Claudel, dont elle souligne le talent « dostoïevskien ». On pourrait parler des heures avec cette belle dame brune pour laquelle les hommes, c'est sûr, n'ont pas fini d'avoir des attentions.* Philippe Claudel vient de publier Petite fabrique des rêves et des réalités (Stock), où il revient sur l'élaboration de son film.
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